Édito 2026

de Christian MICHEL SALIÈRE

L’année 2025 fut encore une année particulièrement difficile pour le secteur culturel non marchand et je souhaiterais, en introduction de cette présentation de saison 2026, revenir sur quelques éléments clefs.

Vous qui lisez ces quelques mots, spectateurs et spectatrices assidus du Février des Théâtres à n’en pas douté, n’êtes pas sans savoir l’importance de pouvoir profiter d’une proposition culturelle et artistique sur son territoire.

Pourtant, depuis l’automne 2024, nous observons la baisse, parfois drastique, des budgets publics de la culture – notamment des collectivités territoriales (Régions et départements en premier lieu). Pour citer quelques exemples chiffrés, dans la Région Pays de la Loire les baisses représentent 60% environs et dans le département de l’Hérault 50%. En tout, on estime que les baisses représenteraient 30 millions d’euros[1]. Et ce n’est pas, évidemment, sans impact pour les structures culturelles – perte de stabilité financière, remise en cause de la pérennité des structures, des projets et des actions culturelles – ainsi que pour la population. En effet, la destructuration des écosystèmes culturels engendre sans conteste la diminution de l’offre culturelle locale et la réduction de l’accès aux activités et actions culturelles. Ces baisses peuvent s’expliquer par deux facteurs. Un premier facteur important, d’ordre économique, suite à la baisse des dotations de l’État aux collectivités territoriales ainsi qu’aux décisions budgétaires de l’État pour répondre à la crise qui créent une asphyxie budgétaire. Un autre facteur, plus insidieux et qu’il ne faut pourtant pas négliger, est la montée d’une internationale réactionnaire, cristallisant le débat idéologique nationale autour d’une banalisation des politiques culturelles, remettant en cause le principe même de certains droits fondamentaux et parmi eux les droits culturels.

Face à la montée de l’extrême droite, il me semble d’une importance capitale de rappeler que pour défendre nos démocraties, il nous faut également défendre sans concession les droits fondamentaux que sont les libertés de pensée, de la presse ou de création, de plus en plus confrontées à des actes de censure ou sous l’emprise de milliardaires. Dans ce contexte, nombreuses sont les associations de territoire mises en danger et avec elles toutes leurs activités. Que dire alors des territoires ruraux où le manque d’équipements culturels oblige aux associations d’être à la pointe pour pallier le recul du service public ? Notre travail bénévole nous paraît alors encore plus capital, encore plus précieux bien que de plus en plus difficile, pour toutes les raisons citées précédemment qui engendrent une baisse des subventions. Nous, bénévoles, continuons à croire en l’importance d’une action culturelle menée pour notre territoire et sa population et à défendre l’importance d’une culture par et pour les habitants. Nous, bénévoles, continuons à croire en l’importance de la rencontre et du partage comme vecteur de liens sociaux ; en l’importance du théâtre comme outil du vivre-ensemble, comme acteur d’une transformation sociale et sociétale, comme défenseur d’un idéal démocratique ; sans oublier sa dimension divertissante c’est-à-dire capable de détourner des préoccupations quotidiennes. Il nous faudrait plus qu’un édito pour montrer avec rigueur et exigence les différents exemples, en France comme ailleurs, du lent glissement idéologique et des difficultés induites par la crise budgétaire – elle-même due à des choix politiques aujourd’hui discutables. Nous n’avons pas parlé également des artistes et professionnels du secteur socio-culturel et associatif qui en plus de défendre leurs projets et leurs actions, tentent avec difficulté de maintenir leur poste. Et je me dis alors, avec désolation et espoir, que nous sommes encore bien loin de l’idéal démocratique athénien où les citoyens (exclusivement masculins et libres ; tout n’était pas rose dans la démocratie athénienne) étaient rémunérés pour se rendre au théâtre afin d’aiguiser leur jugement critique…

Après ces quelques mots, je ne peux que remercier les compagnies amateures de théâtre qui continuent, bon an mal an, bénévolement elles aussi, à nous proposer des pièces avec toujours autant de qualité. Cette année encore, 12 compagnies amateures de Moselle et Meurthe-et-Moselle vous sont proposées dans une programmation haute en couleur. Parmi elles, vous retrouverez des compagnies plus qu’habituées, des amis de la scène pour ainsi dire ; vous retrouverez des noms célèbres du corpus littéraire français (Maupassant, Claudel, Pagnol, Molière) ; vous retrouverez des pièces qui font rire, bien sûr, mais aussi qui font réfléchir, des pièces engagées à leur manière. Des histoires d’État, des histoires de famille, des histoires de la vie en somme. Vous ne serez, encore une fois, pas déçu ; je vous le promets !

L’année 2025 marque également, dans l’histoire du Février des Théâtres, la création d’une nouvelle association, nommée Ô Berge des Arts, porteuse désormais du festival. Cette dernière, constituée des associations villageoises membres de longue date du collectif du Février des Théâtres, a pour vocation de pérenniser la dynamique qui anime notre action depuis 18 ans – déjà - et de réfléchir à de nouveaux partenariats et de nouveaux projets sans se limiter dans les disciplines artistiques.

Je tenais à remercier comme il se doit nos financeurs publics et privés, sans qui nous ne pourrions pas concevoir et mettre en œuvre ce festival ; les communes qui mettent à disposition les salles ; les comédiens et comédiennes et les personnes qui gravitent autour ; les bénévoles du festival, ceux qui viennent en réunion, ceux qui viennent prêter leurs bras, ceux qui montent sur scène ou encore ceux qui sont en cuisine ; et vous, toujours, public. Ainsi, le temps d’une saison, une fois le noir fait dans la salle et les projecteurs dirigés sur scène, on profitera à nouveau de la joie de rire ensemble. 

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